RECENSIONI Saison Culturelle 2014-2015

L’image manquante – Rithy Panh

 

Missing_Picture_Poster_BE_FRPrix “Un certain regard” au Festival de Cannes 2013 et nominé pour le meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2014, L’image manquante fait revivre le génocide perpétré par les Khmers rouges. Rithy Panh a recherché en vain dans les archives les vieux documents, dans la campagne cambodgienne l’image perdue de son enfance et de sa famille détruite. Une image nous incite à réfléchir, à méditer, elle écrit l’histoire et donc le réalisateur nous la propose avec une quête que seul le cinéma nous permet d’entreprendre.

Rithy Panh, jeune cambodgien de 13 ans, voit disparaître la plus grande partie des siens et survit en côtoyant quotidiennement la mort et l’horreur dans des camps de travail. Il vit avec ces affreux souvenirs, mais tout de même il rappelle la douceur de la maison familiale à Phnom Penh et son bonheur tranquille.

L’évocation devient trop brûlante et alors le cinéaste ressent le désir de les représenter à sa manière. Contrepoint des images de propagande filmées par le régime, il modèle avec ses mains son peuple cambodgien: des personnages faits avec de la terre et de l’eau, en terre cuite, peints avec minutie. Ces petites poupées d’argile, animées d’une étonnante humanité, restituent toute l’inhumanité des quatre années de terreur khmère rouge. Rithy Panh fabrique son père avec un costume blanc et une cravate sombre. Dans ce documentaire poignant tout en sobriété, pour la première fois, le cinéaste narrateur raconte son histoire au passée et à la première personne du singulier parce que la haine doit être remplacée par la mémoire.397ffb5f25c5dcae455eb9bcff125416

Une émotion puissante et toujours contenue demeure indicible par ces images: les souffrances vécues jour après jour, la douleur du survivant, l’amour pour ceux qu’on a perdus. Comme dans chacun de ses films, Rithy Panh met en avant l’importance pour le peuple cambodgien de se reprendre en possession son identité et ses racines.

L-Image-manquanteL’image manquante est profondément enfouie dans la mémoire de l’auteur et elle réapparait par sa parole. Cette représentation absente reflète une population meurtrie par le despotisme sanguinaire d’un régime qui entend purifier le pays d’une civilisation urbaine et bourgeoise. Une épuration par la misère qui va se transformer en véritable génocide.

Pour ne pas oublier, le cinéaste fige le souvenir de ces êtres chers dans de l’argile. À travers des petites statuettes, il raconte d’un calme émouvant le récit et comment soit douloureux re-vivre ces années d’horreur. L’acteur Randal Douc donne sa voix douce aux personnages presque enfantins qui cherchent à assouplir les faits insoutenables et enchantent avec quelques beaux souvenirs de famille. Un homme qui a vu, survécu et acquis la capacité de raconter avec ses yeux.

Alexine Dayné